On était là, dans la taverne, moi, Aumeraud et Devrac, mes compagnons d'aventure. On cherchait le hook pour l'aventure, la raison pour laquelle on décide d'y aller, dans le donjon, même si c'est dangereux et souvent en ruines.
J'étais debout au bar, le chapeau à la tête et la chope à la main. Il faut dire que j'étais debout sur un tabouret car je n'étais pas très grand. J'ai déjà dit que je n'avais que sept ans et demi à l'époque. Je suis beaucoup plus grand maintenant.
Devrac, il était assis à table. Il gardait toujours une main sur le manche de sa hache. L'autre main s'occupait de sa propre chope.
Je lui ai demandé, « Devrac, pourquoi tu as toujours la main sur le manche de ta hache lorsqu’on est dans la taverne ? »
« Parce que la taverne, c'est un endroit périlleux, » il m'a répondu. « Les monstres peuvent apparaître n'importe où, n'importe quand. Il faut rester toujours vigilant pendant une aventure, Petit Lot. »
Il est un peu parano, Devrac. Même si ce n'est pas tout à fait faux, ce qu'il a dit. On ne sait jamais ce qui peut arriver pendant une aventure. Moi, j'étais prêt, à tous moments, à lancer un sort s'il le faut.
Aumeraud, il était à côté de moi au bar. Il parlait au tavernier. C'est le tavernier qui est debout derrière le bar tout le temps, qui remplit les chopes avec de la bière, et qui les essuie avec un torchon. C'est lui aussi qui sait tout ce qui se passe dans la taverne, parce qu'il est tous yeux toutes oreilles.
« Je voudrais une bière, monsieur, » il a dit, Aumeraud, bien gentiment.
Il est très courtois, Aumeraud. Il vouvoie tous les inconnus et il ne dit jamais un vilain mot. Il parlait gentiment avec le tavernier, exactement comme il faut pour trouver le hook. J’étais sûr qu’il le trouverait.
« Voilà, une bière, » a dit le tavernier.
Il faut dire que c'était mon grand frère qui jouait le tavernier. Mon grand frère, il est maître de jeu. C'est le maître de jeu qui joue tous les autres personnages qu’on rencontre pendant l'aventure. Il faut être gentil avec les autres personnages, parce qu’ils sont gentils et ne font jamais du mal à personne. En plus, ils ne sont pas très puissants comme nous, les héros. Ils ne peuvent ni lancer des sorts dans tous les sens, ni survivre facilement pendant des jours et des jours ne mangeant que de l’herbe et des glands, ni se bagarrer avec une hache énorme. Il faut être gentil avec les autres qui ne sont pas aussi puissants que nous. Bien, en général, c’est comme ça.
« Avez-vous entendu des rumeurs de monstres dans le coin ? » Aumeraud a demandé au tavernier.
« Demande-lui… » je commençait à dire.
Mais il m’a interrompu, mon grand frère. Il m’a dit que c’était Aumeraud qui parlait avec le tavernier pour l’instant et qu’il fallait attendre mon tour patiemment.
Moi, j’aurais plutôt directement demander des informations sur les trésors, car je ne voyais pas pourquoi on doit toujours chercher les trésors qui sont gardés par les monstres. Mais c’était Aumeraud qui parlait avec le tavernier pour l’instant, et j’ai attendu mon tour patiemment.
« Non, pas récemment, » a dit le tavernier.
Le tavernier, il n’avait pas grand chose à dire. C’est ça que j’ai pensé, moi. Mais je n’ai rien dit à mon grand frère. Je connais très bien mon grand frère, et j’ai deviné qu’il n’aurait pas beaucoup aimé ça.
Entre-temps, un petit vieux s’est approché de Devrac, qui était assis à table. Le petit vieux a demandé à Devrac s’il pourrait le rejoindre à table.
« Assieds-toi, » a dit Devrac.
Il n’est pas très bien élevé, Devrac. Il tutoie tous le monde, même les inconnus, et je ne répète pas tous les vilains mots qu’il dit. Mais bon, il est barbare. Peut-être qu’on fait comme ça chez lui. Pourtant, je doutais qu’il trouverait le hook, lui.
« Tu as entendu des rumeurs de donjons par ici ? » Devrac a demandé au petit vieux.
J’ai voulu lui dire qu’il faut directement demander des informations sur les trésors, car je ne voyais pas pourquoi on ne peut pas, aussi, chercher les trésors qui ne sont pas dans les donjons. Mais, j’ai bien senti que ce n’était pas encore mon tour.
« Non, » a dit le petit vieux, « pas depuis longtemps. »
Lui non plus, il n’avait pas grand chose à dire, le petit vieux. J’avais peur qu’on ne trouve jamais le hook pour l’aventure et qu’on ne décide jamais d’aller dans le donjon. C’est vrai que les questions qu’ils ont posé, Aumeraud et Devrac, étaient un peu bêtes. Cependant, je commençais à me poser des questions sur les talents de mon grand frère comme maître de jeu. Mais je n’ai rien dit, bien sûr.
En attendant mon tour patiemment, je parlait avec mon familier, car je n’avais pas envie de lancer un sort à ce moment-là.
« Croâ, » j’ai dit, parce que c’est comme ça que je l’ai nommé, « qu’est-ce que t’en penses, toi ? »
« Croasse ! » il m’a répondu, parce que c’est ça le cri qu’il pousse de temps en temps.
« Tu as raison, » je lui ai dit. « Je demanderai. »
Puis, j’ai demandé à mon grand frère, « On ne peut pas aller dans le donjon sans trouver le hook ? »
Mon grand frère, il m’a regardé avec une drôle de tête. Je connais très bien mon grand frère, et j’ai senti que ma carrière comme aventurier pourrait bien s’arrêter là tout de suite. Il m’a expliqué que c’est très important, le hook. Le donjon, il m’a dit, c’est tellement dangereux que personne ne veut allez là-dedans sans avoir une très bonne raison. C’est le hook qui nous donne la raison d’y aller et qui nous implique, nous, les héros, dans l’aventure.
« D’accord, » j’ai dit, même si je n’avais pas tout à fait compris.
Moi, je m’en fous un peu de la raison d’y aller, dans le donjon, même si c’est dangereux et souvent en ruines. Je suis aventurier, après tout. C’est ça qu’ils font, les aventuriers.
« Alors, » il m’a dit, mon grand frère, « c’est ton tour maintenant. »
« Enfin, » j’ai dit. « Je vais lancer un sort qui trouve le hook ! »
Encore mes remerciements à Catherine. Catherine est la re-lectrice. C’est la re-lectrice qui fait des corrections dans le texte et qui lit et relit l’histoire jusqu'à en tomber d’épuisement.